Espace News  » L'activité de Tanger Med mise en péril par un conflit social




  L'activité de Tanger Med mise en péril par un conflit social



En réaction au fort ralentissement de la productivité, APM Terminals et Eurogate ont préféré arrêter l'activité des terminaux à conteneurs. Ils accusent le bureau syndical de l'Union marocaine du travail de vouloir s'ingérer dans leur gestion. 

Vendredi 14 octobre, un calme plat et inhabituel règne sur les deux terminaux à conteneurs de Tanger Med. Les deux sociétés concessionnaires sont en arrêt d’activité. Pas de trafic depuis plusieurs jours. A l’heure où nous mettions sous presse, mercredi 19 octobre, le travail n’avait pas encore repris et des réunions étaient programmées pour tenter de débloquer la situation. Fait inhabituel, ce sont les opérateurs, en l’occurrence APM Terminals pour le premier terminal (TC1) et Eurogate pour le TC2, qui ont décidé ne de pas affecter le personnel à leur poste, depuis une semaine, occasionnant de fait la suspension de l’activité.
 
Ce lock-out est une réponse au fort ralentissement de l’activité décrété auparavant par les employés du site (voir encadré), avec le soutien de l’Union marocaine du travail (UMT). Ne pouvant honorer des prestations aux normes, vis-à-vis de leur client, notamment en termes de temps de traitement des navires, les concessionnaires ont préféré les dérouter sur d’autres ports...
 
Flash-back. Le premier terminal est entré en service en juillet 2007. Pendant presque trois ans, l’exploitation s’est déroulée normalement. Les ennuis ont commencé avec la création du bureau syndical de l’UMT en octobre 2010, explique le DRH d’APM, Mohamed Tassafout. La première grève est en effet déclenchée dès novembre de la même année. S’en est suivi un protocole d’accord signé en février 2011, avec l’engagement de toutes les parties de garantir la paix sociale jusqu’à fin 2012.
A APM Terminals, on estime que l’ensemble des demandes ont été satisfaites. Par exemple, le salaire qui était de moins de 3 000 DH a été augmenté de 55% ; des primes ont été instaurées en plus d’une couverture médicale allant jusqu’à 90%. Chez cet opérateur, on se dit totalement étonné par les récents "mouvements sociaux, inexpliqués, injustifiés et incessants déstabilisant le terminal qui, en peu de temps, avait gagné l’estime de la clientèle qui l’a classé parmi les plus stables du monde".
 
Du côté d’Eurogate qui a commencé son exploitation en 2009, le cahier de revendications de l’UMT a atterri sur le bureau des responsables le 21 juillet 2011. Là aussi, après négociation, l’employeur dit avoir fait des efforts en portant le salaire moyen à 4 750 DH au lieu des 5 000 DH réclamés par le syndicat. D’autres avantages sont accordés comme la hausse de la prime de l’Aïd qui passe de 1 250 à 2 000 DH et l’institution d’une prime de mariage de 5 000 DH. Quant à l’aide consentie lors d’un décès, elle est désormais de 2 000 DH contre 1 000 précédemment.
 
Les opérateurs expliquent que ce n’est pas les revendications sociales qui posent problème, même si pour Eurogate on juge que la demande d’augmentation de 100% du salaire est excessive. Ils soulignent que tout peut et doit se négocier, mais sans que l’on agite à tout bout de champ les arrêts de travail et les mortelles grèves du zèle. Mohamed Hachami, DRH et responsable des relations publiques d’Eurogate, y va de son argument : "Une grève perlée est quantifiable et n’est pas du tout une vue de l’esprit ; quand le rythme normal qui est de 20 à 22 mouvements par heure et par portique baisse à moins de 10 et parfois se réduit à 5, cela ne peut tromper personne". Même raisonnement chez Mohamed Tassafout, même s’il parle d’un rythme normal de 28 à 32 mouvements par heure.
 
Le syndicat veut la réintégration des employés licenciés
 
Plus que les exigences financières, ce sont les autres demandes des syndicalistes qui mettent les deux opérateurs hors d’eux. Il s’agit notamment de deux exigences. La première est que l’UMT estime avoir un droit de regard sur la politique de sous-traitance de l’employeur. Saïd Hairache, secrétaire général des dockers affiliés à l’UMT, y va de son explication pour motiver cette revendication : "D’abord, il y a la loi qui réglemente la sous-traitance concernant des activités dangereuses, mais aussi le fait qu’un sous-traitant peut menacer la qualité de travail ou même la performance du titulaire". Le syndicat demande tout simplement l’intégration des employés des  prestataires.
 
Les opérateurs trouvent cette ingérence dans la gestion de l’entreprise intolérable et illégale. Pour Mohamed Tassafout, "c’est au gestionnaire de décider de ce qui est en dehors de son cœur de métier, d’évaluer les activités qu’il veut déléguer et de trouver des prestataires capables de les faire mieux que lui, avec un moindre coût. Et puis cela va générer des revenus pour l’entreprise qui garantira mieux sa pérennité, ce qui se répercutera forcément sur la situation du salarié lui-même".



Source :   La vie éco
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