Problématique de la médecine de travail au Maroc
La médecine du travail souffre actuellement d’un certain nombre de dysfonctionnements préjudiciables, aussi bien aux entreprises que, par-dessus tout, aux salariés eux-mêmes.
Sans vouloir être exhaustif, on peut essayer d’en dresser un tableau succinct mais cependant assez évocateur.
Pour commencer, reportons-nous d’abord à ce que dit, à ce propos, le code du travail marocain. Celui-ci, qui est donc de 2004, et qui succède à celui de 1998, stipule que toute entreprise de 50 salariés ou plus, doit obligatoirement se doter d’un service médical autonome de médecine du travail. Ce service comporte, sans entrer dans les détails, un certain nombre de locaux. Son fonctionnement est assuré par un médecin du travail assisté par un personnel infirmier. Le service médical du travail est sous la responsabilité directe du chef d’entreprise, aussi bien sur le plan administratif que financier. Cela dit, en fonction des risques sanitaires auxquels s’exposent les salariés et de leur gravité, ainsi que de l’âge de certains employés (moins de 18 ans), certaines entreprises de moins de 50 salariés doivent également se doter d’un service médical du travail. Le problème, c’est que ces petites entreprises de 50 salariés ou moins, qui sont donc des PME ou des PMI, n’ont pas toujours les moyens financiers suffisants, sauf exception, pour ce faire. Rares, en fait, sont les PME qui en disposent. D’un autre côté, on ne peut pas imposer à ce type d’entreprises d’engager un médecin du travail à temps plein ou même à mi-temps. D’abord, compte tenu de l’effectif réduit de l’entreprise (PME), cela ne se justifie pas. Ensuite, embaucher un médecin à temps plein représente une lourde charge financière pour l’entreprise, qu’elle est donc incapable de supporter. A moins de se grouper au sein d’un service médical interentreprises, lequel, à notre connaissance, n’existe encore nulle part au Maroc, très peu d’entreprises (PME) s’avèrent aptes à satisfaire cette recommandation ou cette disposition du code du travail.
En dehors de l’aspect purement législatif relatif à cette question, il faut savoir que, d’une façon générale, l’idée même de prévention, qui demeure le but ultime et la raison d’être de la médecine du travail, n’est pas encore, faute d’une information et d’une motivation suffisantes et adéquates, bien ancrée dans la culture de nos entreprises, et ce, quelles que soient leur taille ou leur importance. Autrement dit, de nombreuses entreprises ont tendance à considérer que la prévention, non seulement ne présente aucun intérêt ou si peu, mais, qui plus est, représente un investissement financier important et surtout non rentable ! Ce que les entreprises ignorent ou oublient, c’est que, quel que soit le coût de la prévention, celui-ci est toujours moindre et de loin que celui représenté par les dépenses engendrées par les accidents du travail ou les maladies professionnelles, ainsi que par l’absentéisme au sein de ces mêmes entreprises.
D’où les réticences constatées auprès de nombreuses entreprises. Il ne faut pas s’étonner, dès lors, de ce que celles-ci aient tendance à bouder ou à ne pas appliquer la législation en la matière. Il en résulte que, dans la pratique, à défaut d’une prévention et donc d’un train de mesures efficaces pour assurer la sécurité des salariés, le nombre d’accidents du travail est en constante augmentation (plus de 65 000 cas par an, dont 60 000 pour le seul B.T.P) Il se trouve, en outre, que de nombreuses entreprises, et non des moindres, ne disposent même pas d’une couverture médicale et sociale au profit de leurs salariés ou employés (mutuelles, assurance en cas d’accidents du travail ou de maladie professionnelle, etc.….)
En résumé, c’est la “débandade“ totale dans ce domaine crucial et très sensible de notre environnement industriel. Sans parler du chômage chronique de nos médecins du travail diplômés, dont, par ailleurs, le nombre est encore insuffisant par rapport aux besoins estimés pour l’ensemble du royaume (plus de 4500).
Dr DADI Farouk.
Médcin Généraliste
Médcin du Travail
Expert Assermenté Prés les Tribunaux
Médecin-Conseil
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